Cocorico

1 Du bilinguisme wallon Magazine COC RICO TRIMESTRIEL N°62 / 3ème trimestre 2022 Le numéro 2,50 € Expéditeur : Paul Lefin UCW / Rue Surlet, 20 4020 LIEGE BUREAU DE DEPOT LIEGE X / N°agr. P601169 België-Belgique PB-PP 9/2809 Rassemblons-nous : c’est notre force

2 Coc rico Magazine Le journal du bilinguisme wallon Editeur responsable : Paul LEFIN 04/3426997 Rue Surlet, 20 4020 Liège Trimestriel tiré à 4000 ex. Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région Wallonne. Avec le soutien du Conseil des langues régionales endogènes Numéro d’entreprise : 478.033.816 Siège Social et Rédaction : Rue Surlet, 20 4020 LIEGE 04/342.69.97 E-mail : secretariat.ucw@gmail.com URL: www.ucwallon.be Comité de rédaction : Monique TIERELIERS Sabine Stasse Joseph BODSON Michel HALLET Bernard LOUIS Imprimerie AZ PRINT : 6, rue de l’Informatique 4460 Grâce-Hollogne Tél. 04/364.00.30 ABONNEMENTS 4 numéros par an : 10 € BE90- 0012-7404-0032 de UCW éditions Soutien du Ministère de la Communauté française, en particulier celui de la Direction générale de la Culture – Service général des Arts de la Scène – Service Théâtre Rassemblons-nous : c’est notre force Après cette période de COVID, Il est grand temps de rassembler ses efforts, de redémarrer et de faire revivre nos agendas. N’oubliez pas de nous informer de toutes vos activités. Attention l’adresse mail de l’Union Culturelle Wallonne a changée, il faut dorénavant utiliser l’adresse suivante : secretariat.ucw@gmail.com . L’Union Culturelle Wallonne est également sur les réseaux sociaux. Nous avions déjà notre site www.ucwallon.be où vous pourrez trouver un grand nombre d’informations, des documents à télécharger pour vos acticités, vous pourrez y consulter nos archives et y découvrir nos projets (GPRA, Formations-Stages) et depuis peu l’UCW a sa propre page Facebook . Venez nous y retrouver, invitez y vos amis et surtout partagez. Facebook est un moyen de communication important et il est primordial de s’y regrouper et d’y faire partager toutes nos informations. Il est grand temps de rassembler nos efforts pour promouvoir toutes nos activités en langue wallonne. Nous comptons sur vous tous.

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8 Fédération Culturelle Wallonne et Picarde du Hainaut Aux responsables des cercles dramatiques wallons et des associations littéraires : Vous avez : - Une troupe de jeunes (8 à 18ans) ou - Quelques jeunes désireux de s'exprimer en wallon dans un sketch ou une récitation Alors cela vous intéresse : Il ne s'agit pas d'un concours mais d'une mise en valeur des jeunes qui sont l'avenir de notre théâtre wallon. Des récompenses, les mêmes pour tous les participants, sont prévues. Afin d'organiser ce festival dans les meilleures conditions (programme, horaires,...), nous vous saurions gré de faire parvenir votre inscription avant le 1er octobre 2022 à notre secrétariat

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14 LIVRES NOUVEAUX EN WALLON Une chronique de Joseph Bodson Jacky Adam, Des Moulins et des Hommes, tome 7, Le bassin de l’Ourthe revisité, éd. Memory, rue des Tilleuls, 6, 6680 Sainte-Ode, contact@editionsmemory.be. 2022, 296 pp., 60 €. Encore un livre sur les moulins… Mais oui, bien sûr, Jacky Adam persiste et signe. Mais si c’est bien un livre sur les moulins, c’est aussi in livre de l’amitié. C’est en effet une aventure fabuleuse, que cette suite de livres sur les moulins du bassin de l’Ourthe. Une aventure qui lui a demandé des contacts multiples, un travail presque incommensurable, et qui a tissé entre lui et les familles de meuniers, ou d’occupants actuels des moulins, des liens de reconnaissance et d’amitié qui ne se sont pas dénoués. C’est que les moulins ne servent pas seulement, ou plutôt n’ont pas servi seulement, à moudre la farine, qu’elle soit de froment ou d’épeautre, mais qu’ils sont devenus, au fil des années, le siège d’activités multiples : activités industrielles, moulins à tan, à papier, moulins dont les roues ont activé des forges, ou bien, plus tard, activités liées à la vie rurale, artisanale, maisons d’hôtes, sièges d’associations artistiques ou écologiques. Amitiés?Voyez lacouverture : lemoulin d’un matelassier, le père d’Armel Job, qui fut par la suite marchand de grains, un moulin monté sur camion. Mais oui, cela aussi a existé…Et en page 4, un amical message de Gabriel Ringlet, citant un beau texte de Rumi, poète soufi du 13e siècle : un homme réunit ses trois fils, et leur annonce que le plus sage héritera de ses biens : Moi, dit le troisième, devant un homme, j’observe mon souffle et reste silencieux. J’utilise la patience comme une échelle pour monter sur le toit du bonheur ! Et Gabriel d’ajouter : Je crois qu’il s’appelait Jacky, et qu’il a réalisé une œuvre habitée par le souffle, la patience et le silence.

15 Un égal souci de notre passé, de cette longue patience des hommes d’Ardenne, des heurs et des malheurs des meuniers – combien d’accidents, le plus souvent mortels, chez les adultes comme chez les enfants, combien de morts lors de la dernière guerre ! Et les liens restés tissés avec les lecteurs ont permis de compléter bien des généalogies, de retracer les départs, les arrivées. Les noms de famille, les noms de lieux aussi, dans leur orthographe incertaine, sont un outil précieux pour l’histoire. Combien de légendes, évoquées au passage, et cette piété de nos gens, dans toute sa naïveté ! Et toutes ces transactions, avec leurs avenants, témoignage précieux sur l’économie de nos provinces. Mais tout cela ne serait rien sans les superbes photos qui viennent illustrer les textes : visage tannés, ridés, et chacune de ces rides s’est creusée d’un souci, d’une pesante fatigue, avec en bruit de fond, toujours, la chanson de la roue, comme autant de grains d’un chapelet que l’on égrène, le chapelet de leurs joies et de leurs peines, qui devient et qui reste un peu, sous le plume de Jacky, le chapelet de nos joies et de nos peines. Car si ce sont de belles entreprises et de belles audaces qui rendent vie à nos moulins d’aujourd’hui, le « scrîjeû », l’homme au porte-plume, nous rend, le temps de la lecture et du rêve qui la prolonge, partie prenante, et complices, de toutes ces joies, de toutes ces peines.

16 Emile Gilliard, Zouprale, Sauvageonne, poèmes wallons avec adaptation française, 2022, 56 pp., Micromania, Bd Roullier, 1, 6000 Charleroi. Traductions en français par l’auteur. Pour ceux d’entre vous qui connaissent un peu Moustier, Mornimont et leurs environs, ce qui frappe, dès le premier abord, c’est le contraste entre la vallée de la Sambre, avec ses gros villages, ses fermes, son industrie, et les rudes collines qui l’enserrent au sud, depuis les bois de la Marlagne, la Sibérie et le fort St Héribert, jusqu’à Robersart, Tremouroux et le Rabot. Contraste absolu, tel qu’on en trouve chez Giono, dans Colline, et chez Ramuz, dans Si le soleil ne revenait plus, l’un de ses plus beaux romans. Le thème de ce dernier a d’ailleurs été repris de façon magistrale par Emile Gilliard dans l’une de ses nouvelles.. Les collines, le pays où le soleil pourrait un jour disparaître définitivement, alors que chaque jour les paysans comptent sur son retour. Les collines, c’est le domaine de la vie sauvage, mais aussi d’une liberté absolue, d’une innocence perdue, et de la grande simplicité. Le titre de ce livre-ci, Zouprale, Sauvageonne, joue un rôle important, bien plus qu’anecdotique: l’épouse disparue, c’est la part, chez l’auteur, du mystère, d’une vie autre, différente. Dès son origine, car elle était précisément originaire de ce quartier du Rabot, de la Mouchelote, comme le dit le préambule: Elle avait vécu à la Mouchelote, une maison forestière, écartée de tout habitat et sans route d’accèsàl’époque. (…)Sescondisciples la fréquentaient peu, elle n’était pas d’ici. Et, plus loin: Mes poèmes (…) restent confinés à la prime jeunesse de Jeanine, époque qu’elle rappelait journellement en fin de vie. (…) Ce surnom de Zouprale reste attaché, en mon for intérieur, à cette période bénie où j’ai fait sa connaissance et aux divers évènements de son enfance. Le recueil se trouvera dès lors partagé entre deux thèmes essentiels: le vide que laisse le départ de l’être aimé, et l’appel à son souvenir, à une réminiscence plus forte que la mort. Et l’on peut dire, je crois, que sa retenue, son isolement même, de son vivant – mis à part les derniers temps, où le retour à l’enfance magique et solitaire était prégnant – sont le fondement d’une présence toujours active, les aléas du temps quotidien venant se fondre et se mêler au grand fleuve de l’éternité. Dji n’ vos-a nén rovî, Zouprale, / do tins d’ vos catôze ans, / Dji r’wè vos paskéyes di bauchèle (Je ne t’ai pas oubliée, Sauvageonne, / lors de tes quatorze ans, / dans tes agissements de jeunette.) (p. 18) On-z-èfile dès sovenances à p’tits côps, / come on-z-èfile dès pièles:/ on ramoncèle lès-eûres, ozéyes di fleûrs èt d’ frûts / ki zoupèlenut ètur lès rukes di spènes. // Mins la l’cwârdia ki spîye, au djoû mètu, / lès pièles si cossauyenut / t-avau l’ dérêne dès chîjes. (On enfile peu à peu les souvenirs, / comme on enfile des perles. / on entasse les

17 heures, / riches de fleurs, de fruits, /qui jaillissent entre les buissons d’épines.// Mais voilà le cordon qui se brise, au jour fixé, / Les perles se dispersent au long d’une dernière veillée.) Rappels, souvenirs…Les objets inanimés eux-mêmes en prennent une densité inaccoutumée, une sorte de présence seconde. Comme si l’on passait d’une image simple, un peu usée par le temps, à la couleur et au relief que prêtent à chacun de ces objets l’usage qu’en faisait l’être aimé. Et cette sorte d’emprise, de prégnance, est encore renforcée par l’aura de Zouprale, une façon d’être avec les choses, leur usance, une forme aussi du silence: Vosse fauteuy èst vûde, pèneûs, diswêbî. / Sacants rôses do djârdén, bèles èt sins maniéres, come vos, / disflorichenut, one miète au côp,, sul tauve. (Ton fauteuil est vide, triste, désorienté. Quelques roses du jardin, / belles et simples comme toi, / se fanent lentement sur la table).(p.8) Et ce sera son enfance renouvelée en fredonnant: Vos tchantîz cobin, à djoûs, / vos r’vèyiz voste èfance, / vos paskéyes dal Mouchelote / èt lès cènes do long d’ Sambe. / Vos nadjîz come pèchon ètur inwîyes èt cârpes, / èt vos d’grètîz vos djambes tot coudant dès meûmeûres. / Adon, au niût, gripéye su on p’tit meur, / vos tchantîz po l’ lune k’èstéve mièrseule come vos. (Parfois, tu chantais, / tu revoyais ton enfance, / les aventures de la Mouchelote / et celles des rives de Sambre. / Tu nageais comme un poisson entre carpes et anguilles. / Tu t’ égratignais les jambes à cueillir des mûres. / Au crépuscule, tu grimpais sur un muret, / et tu chantais pour la lune, solitaire comme toi.) (p.15) A présent, c’est lui qui parle seul, évoquant leur vie commune, pour que le temps passe. Èt l’ paujërté pèze co pus fwârt / ki l’ song ki toke tot-avau m’ cwâr. (Et le silence pèse encore plus fort / que le sang qui pèse dans mes veines). (p.20) Tristesse de la solitude? Et pourtant, demeure l’assurance de se retrouver un jour, la certitude d’une présence encore, aujourd’hui, dans ces heures grises, dans l’obscurité qui, peu à peu, envahit le jardin: Vos, li p’tite crapôde dal Mouchelote / èt do fén fond d’ l’ ûzine. / Ni m’ rovîz nén, lès-ôtes nèrén. / Asteûre ki vosèstoz lauvau; / djè l’pou bén dîre, / dj’a comme vosse mwin dissus mi spale. (Toi, la petite fille de la Mouchelote, / du fin fond de l’usine. Ne m’oublie pas, ni les autres. Maintenant que tu es làbas, je peux le dire, / c’est comme si j’avais ta main sur mon épaule.) C’est un livre de vie. Joseph Bodson

18 Michel Robert, Sifes, tambourîs èy’ ûlôds, Fifres, tambours et tromblons. Les marches folkloriques de l’Entre-Sambreet-Meuse en wallon. El bourdon, Charleroi, 2022.Boulevard Roullier, 1, 6000 info@el-mojo. be, 328 pp. Nul ne me paraissait mieux indiqué que Michel Robert pour évoquer les marches militaires de l’Entre-Sambreet-Meuse. Tout d’abord, parce que c’est l’un de nos meilleurs auteurs wallons de l’heure actuelle : il a remporté cinq fois avec sa troupe, l’Equipe de Gerpinnes, la Coupe du Roi Albert. Et chaque fois, pour la représentation finale, il a écrit spécialement une pièce en un acte. Il a produit bon nombre de textes avec son ami Michel Meurée. Il est lauréat du prix triennal d’écriture dramatique en wallon, marcheur, bien sûr, et administrateur du Musée des Marches à Gerpinnes. Gerpinnes, avec Sainte Rolende, en est l’un des hauts lieux. Ma mère, dont la famille habitait Grands Champs (Grontchon), un quartier de Farciennes aujourd’hui disparu, m’a raconté bien souvent que, la nuit de la fête de sainte Rolende, aux petites heures, on entendait sur la route, devant chez eux, les pas pressés des pèlerins de sainte Rolende. Mon grandpère, sans être marcheur, avait récolté le surnom de Tambour-major, grâce à son bagout. Oui, si vous regardez la carte en page 4 de couverture, vous verrez que le territoire où se répartissent nos marches a la forme d’un cœur, de Fosses à Thuin, de Jumet à Couvin, et que Gerpinnes se trouve pour ainsi dire au cœur du cœur. En 2012, un certain nombre de ces marches ont été inscrites au Patrimoine de l’UNESCO. Mais que faut-il donc pour qu’une marche soit une marche ? Pourquoi, par exemple, la Sainte Gertrude de Nivelles n’y figuret-elle pas ? Tout simplement ceci : le point de départ doit être le culte d’un saint ou d’une sainte, dont la fête est l’occasion d’un défilé de marcheurs costumés en militaires français du premier ou du second empire, ou encore des volontaires belges de 1830. La musique, et les musiciens, y jouent un grand rôle, tambours, fifres mais aussi tromblons, comme le marque le titre. Et comme nous sommes en pays wallon, chaque compagnie a son « raploû »dans un café de la localité. Bien souvent d’ailleurs, comme c’est le cas à Gerpinnes, à Walcourt ou à Fosses, les villages voisins forment chacun leur compagnie. La marche a lieu tous les ans, sauf à Fosses (tous les sept ans). Tout cela est expliqué en long et en large dans l’ouvrage de Michel Robert, une véritable somme. Autres points importants : une place peut être réservée à la cavalerie. En certains endroits, les emplois honorifiques, tambour-major par exemple, sont mis aux enchères. Ailleurs, ils sont élus, et peuvent le rester à vie. Les comités doivent aussi veiller à éviter les excès, de boissons surtout : il faut dire que les marcheurs se mettent en route aux petites heures, et qu’ils sont attendus dans tous les

19 cabarets qui se trouvent sur leur route. Mais il est rare que les incidents soient vraiment graves. L’origine des marches est obscure, elles remontent pour le moins au Moyen-Age. Les saints étaient notamment invoqués contre les épidémies, mais aussi, saint Feuillen par exemple, contre les sécheresses persistantes. Dans la plupart d’entre elles, la châsse contenant les reliques du saint ou de la sainte est portée à bras d’hommes, et la fonction – l’une des fonctions - de l’escorte militaire devait être de protéger le cortège dans les périodes troublées. Les marches ont souffert d’une période de latence sous Joseph II et sous la Révolution française, pour reprendre leur essor par la suite. Mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel, il se trouve dans le cœur des gens, dans leur attachement à leur région, mais aussi à leur langue. On a écrit bien des chansons en wallon pour accompagner les marcheurs ou pour les célébrer, et si l’on additionne les participants aux marches, on arrive à un total fort impressionnant de waloncausants – plusieurs milliers, à vrai dire, et les marches jouent donc un rôle non négligeable dans la défense et l’illustration de notre langue. Mais j’ai assez parlé, il est temps de laisser la parole à Michel Robert et à ses invités – bien nombreux, la collection du Bourdon de Jean-Luc Fauconnier, à elle seule, renferme bon nombre de témoignages. Ecoutons-le donc, dans ce beau texte qui rend bien l’atmosphère du départ, p.36 (Al môde di nos djins) : Qand vént l’ printins avou lès chambaréyes, / L’ pass’rôse èt lès prumîres feuwéyes du solia, / quand lès mouchons s’ènond’nut…/ Di Djerpène à Walcoût, di Tchèss’lèt a Florène, / Dou bourg’ a Djumèt an passant par Ôco, / Eyèt tous lès p’tits vilâdjes pa d’la Sambe èt Moûse, / I n’èst nén râre d’ètinde pôtyî ô lon èl tchant d’in sife, li ra d’in tamboûr, / i n’èst nén sbarant di vèy sikèter l’ nwêre niût pa dès blankès marones, / Di vèy al pikète du djoû, dès rvènants brotchî foû du brouyârd come / Dès pièrdus al ricache di leû tins…/ Bén râde, is d’véront dès sôdârds fèyant clatchî lès couleûrs / Didins l’vèt’ di nos pachis…On wadjreut dès twèles di mésses imprèssiàonisses. (inBertrand Thibaut, En Marches, Apparté, page 130)

20 A la manière des nôtres :Quand vient le printempsaveclesjonquilles,/Lemuguet et les premières flambées du soleil, / Quand les moineaux s’entendent…/ De Gerpinnes à Walcourt, de Châtelet à Florennes,/ D’Ham-sur-heure à Jumet en passant par Acoz, / Et dans tous les petits villages par-delà la Sambre et la Meuse, / Il n’est pas rare d’entendre pointer au loin le chant d’un fifre, Le ra d’un tambour. / Il n’est pas étonnant de voir déchirer la nuit noire par des blancs pantalons. / De voir au lever du jour, des revenants émerger du brouillard comme / Des perdus à la recherche de leur temps…/ Bien vite ils deviendront des soldats faisant claquer les couleurs / Dans le vert des prairies…On imaginerait des toiles d’impressionnistes… A quoi fait écho Robert Mayence, p.42, avec Èm coron ét sès-aprèsses : Lès jolis bwès sont cafloris, / Lès djon. nes moucons d’sèrt’nut leûs nids / Pou tchip’lér l’ preumière arguèdène. / Ègne fét d’ja l’disconte dès samwènes. Mon quartier fait ses préparatifs : Les lilas sont fleuris / Les jeunes moineaux désertent leurs nids / Pour piailler la première ariette. / Heigne fait déjà le décompte des semaines. Onsecroiraitàl’aubed’unelittérature… Mais il est vrai que le premier texte littéraire en néerlandais commence aussi par Alla vogala singen, Tous les oiseaux chantent, et le premier texte français, c’est la Cantilène de sainte Eulalie…On n’est pas loin des marches. Roger Foulon, également passionné des marches, les a lui aussi évoquées dans ses ouvrages consacrés à la Thudinie. Bon. Je m’arrête, ou bien c’est tout le livre de Michel Robert que je vais vous citer. Mais c’est sur un souvenir personnel de Michel Robert qu nous terminerons : In lindi d’Pôques, p.95 : Mès Guètes d’in côp print l’parole èt motyî : « Pou pôrter l’ drapia dèl djon.nèsse, nén dandjî d’awè l’âdge rèquis ! » / Dj’apice èl vère di bîre ; dji r’lope mi preumî cu blanc…Êy’ animè pa in rigodon, dji d’vén l’ nouvia pôrte drapia dèl Compagnîye Sinte-Rolende di Djèrpène. C’ it l’anéye 1969, dj’aveu 15 ans.. Un lundi de Pâques : Mes Guêtres (surnom d’Alfred Mengeot, un ancien officier de la compagnie de Gerpinnes) d’un coup prend la parole et dit : « Pour porter le drapeau de la jeunesse, pas besoin d’avoir l’âge demandé ! » / Je prends un verre de bière ; je le bois d’un trait. Et animé par un rigaudon, je deviens le nouveau porte-drapeau de la Compagnie Sainte-Rolende de Gerpinnes. C’était en 1969, j’avais 15 ans. Biensûr ,nosmarches, commed’ailleurs nos représentations théâtrales, ont beaucoup souffert du COVID. Mais les voilà, toujours debout, toujours florissantes. N’entendez-vous pas sonner les premères arguè

21 Bernard Van Vynckt, Pasquéyes di curés, Drôles d’histoires de cures en wallon et leur traduction en français, couverture : Rochehaut, de Willoos. Préface d’André Férard. RCF Sud Belgique, 17, rue Louise Billiart, 5000 Namur. Tél : 081/400 111. Contact. sudbelgqiue@rcf.be. Bernard Van Vynckt est doyen de Marcheen-Famenne, et chaque lundi, vous trouverez un de ses billets sur RCF Sud Belgique. Il y est invité à diverses émissions. Quand j’étais gamin, nous guettions le passage du facteur ainsi que celui du boucher pour apprendre non les dernières nouvelles, mais les dernières blagues. Mais mon oncle, curé à Balâtre et puis à Moustier, en récoltait pas mal de son côté, aux réunions de doyenné, qui n’étaient pas tristes. Bernard Van Vynckt, en ce domaine, succède à l’abbé Henin, doyen de Gembloux après avoir été professeur à Floreffe, et l’abbé Malherbe, curé de Jambes. Les évangiles, pour leur part, ont parfois une bonne dose d’humour, et il est bien vrai que l’humour, la drôlerie peuvent être de véritables convertisseurs. Les religieux de différents ordres qui venaient nous prêcher la mission, au temps jadis, dans leurs sermons, n’y allaient pas de main morte. L’humour de Bernard Van Vynckt, pour sa part, participe pleinement du caractère, du tempérament de ses ouailles : beaucoup de finesse, un sens profond du caractère de nos Wallons, et une certaine discrétion. Ni encens ni eau bénite – ce n’est ni un enterrement, ni une messe chantée – mais il y passe, avec beaucoup de finesse, un sens profond de la solidarité humaine, de la pitié pour ceux qui souffrent, l’humour est parfois leur dernier refuge. Et c’est là, pour ainsi dire, le premier degré de l’escalier de la charité. Cela suppose aussi un regard lucide sur le monde et sur soi, une modestie aussi, qui pourraient en être la seconde marche. Bien sûr, je ne vous raconterai pas l’une ou l’autre de ces histoires. Il y manqueraitleton,etla mimique, qui en sont l ’ a s s a i sonnemen t indispensable. Juste une mise en bouche, puisque nous voilà dans le domaine culinaire : l’entrée en matière de La chapelle de Bocqmont : One pitite blanke tchapèle Come pièrdûwe vélà su l’ tiène. Tot-autoû saquants sapins èt dès vîs tchin.nes L’avoz d’djà vèyu, dispû l’ grande vôye di Dinant Vos qui passe avaur là ? Si vous en avez l’occasion, faites donc le détour pour y lire, sur place, la suite du poème. C’est bien mieux que tous les commentaires. Joseph Bodson

22 Soutenez l’action de l’Union Culturelle Wallonne en rejoignant les quatre mille abonnés de COCORICO Magazine du bilinguisme wallon 4 numéros par an : 10,00 € A verser sur le compte BE90-0012-7404-0032 de l’UCW Editions

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